La psychothérapie cognitive comportementale transdiagnostique de groupe pour les troubles anxieux: une approche organisationnelle et clinique innovante pour améliorer la qualité des soins et services de santé mentale

En bref

Chaque année, une personne sur neuf vit un épisode de trouble anxieux. Ces troubles sont associés à une détresse psychologique et à des incapacités fonctionnelles et sociales importantes. L’efficacité de la thérapie cognitive comportementale (TCC) pour le traitement des troubles anxieux est reconnue, mais la mise en œuvre de la TCC en première ligne est difficile en raison de ressources limitées. La TCC transdiagnostique de groupe (TCC-T) est une innovation qui présente un fort potentiel d’implantation au Québec, car elle est bien adaptée aux ressources disponibles et au profil clinique des patients de première ligne.  La TCC-T propose un protocole d’intervention unique pour plusieurs troubles anxieux, elle cible les processus cognitifs et comportementaux communs à ces différents troubles. Elle permet de traiter simultanément plusieurs troubles anxieux, s’avérant être fréquemment comorbides entre eux. De plus, la TCC-T présente également un avantage pour les thérapeutes, puisqu’ils n’ont qu’à maîtriser un seul et unique protocole. La TCC-t peut être offerte au format de groupe, ce qui favorise le traitement d’un plus grand nombre de personnes, tout en profitant des avantages associés à une psychothérapie de groupe, tels que le partage de vécu similaire, la cohésion de groupe et la rupture de l’isolement.

La TCC-T et ses interventions

L’intervention déployée dans cette étude reposait sur le protocole d’intervention de TCC-T de groupe (Norton, 2012), une intervention ayant été démontrée comme étant efficace, où deux thérapeutes animaient les groupes de thérapie pendant 12 sessions de deux heures chacune. Dans la dyade d’animation, un thérapeute devait être expert en TCC et pratiquer au secteur privé, tandis que l’autre devait être un clinicien en santé mentale au CISSS ou au CIUSSS. Lors des séances, les participants ont été exposés à différents contenus, issus des composantes d’intervention clés de la TCC :

  • La psychoéducation
  • La restructuration cognitive généralisée
  • L’exposition
  • La restructuration cognitive avancée
  • La prévention de la rechute

Aussi, une des particularités de la TCC repose sur le fait qu’à la suite d’une séance, la personne doit faire des devoirs à la maison, lui permettant de mettre en pratique les contenus présentés lors de la thérapie.

La formation à la TCC-T

Afin de rendre la TCC-T accessible à toutes les personnes avec des troubles anxieux qui pourraient en bénéficier, le contexte de pandémie a amené l’équipe de recherche à développer un plan de formation qui sera offert entièrement en ligne. Le Centre d’expertise en santé de Sherbrooke travaille avec l’équipe de recherche dans le but d’adapter la formation, habituellement offerte en présentiel, afin qu’elle puisse satisfaire les exigences d’accréditation de l’Ordre des psychologues du Québec et être disponible gratuitement via une plateforme dédiée à l’apprentissage en ligne (e-learning). Cette formule d’apprentissage en ligne permettra ainsi de rendre accessible la formation à l’ensemble des psychologues et psychothérapeutes intéressés à l’échelle du Québec. Les thérapeutes auront accès au matériel d’animation et de suivi des groupes de TCC-T.  La plateforme permettra également la prestation de groupes de TCC-T en ligne pour remédier à la difficulté de tenir des groupes de thérapie dans le respect des normes sanitaires. Ce programme de formation est issu d’un projet de recherche en cours, présenté ci-dessous.

Projet de recherche

Le présent projet vise à mettre en œuvre une stratégie de dissémination et d’implantation de la TCC-T, et d’examiner ses effets réels au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Sachant que l’intervention est efficace lorsqu’implantée avec fidélité, les questions de recherche du présent projet sont davantage liées à l’adoption et la fidélité de la TCC-T, aux facteurs contextuels, organisationnels et cliniques qui peuvent influencer la facilitation de l’implantation, et aux effets sur les trajectoires de soins et résultats cliniques pour les patients.

Nous mènerons une étude hybride implantation-évaluation qui permettra de démontrer le potentiel de dissémination et d’implantation de cette psychothérapie éprouvée, ainsi que d’évaluer le degré d’intégration de l’innovation et ses effets en contexte réel tant sur le plan clinique qu’organisationnel. Le projet se déroule en quatre phases, qui s’appuient chacune sur des étapes d’implantation et d’évaluation. Parmi les enjeux à considérer dans un projet de dissémination et d’implantation de la thérapie cognitive-comportementale, on retrouve notamment l’adaptation du programme, le soutien à la formation, le cadre d’implantation, et les facteurs liés au contexte susceptibles d’influencer le degré d’implantation de l’innovation. Afin de démontrer le potentiel d’intégration de l’innovation à grande échelle au Québec, le projet d’implantation et d’évaluation prendra tous ces facteurs en considération pour générer les données probantes essentielles à la prise de décision.

L’étude permettra de déterminer le potentiel d’implantation de la TCC -T de groupe dans le réseau public et dans les GMF, là où les gens consultent pour l’anxiété. Ces contextes de soins comprennent des gestionnaires et cliniciens d’horizons divers qui n’ont pas nécessairement eu l’occasion d’acquérir une compétence de base en TCC de par leur formation professionnelle et expérience clinique, ce qui sera pris en considération à toutes les étapes du projet.


Ce projet vous intéresse?

Psychologues et psychothérapeutes :

  • Formation en ligne à la TCC-T : Capacité à diriger un groupe de TCC-T

Personnes avec des troubles anxieux:

  • Possibilité de participer à des groupes menés par les cliniciens formés au Québec (en présence ou à distance), avec soutien technologique et matériel inclus. Recrutement prévu à partir de l’hiver 2022.

Des nouvelles du projet

Étapes terminées ou en cours

  • Le projet a reçu une approbation par le CÉR du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et un appui du CIUSSS de l’Estrie – CHUS.
  • Nous travaillons activement avec le Centre d’expertise en santé de Sherbrooke pour adapter la formation des psychologues et psychothérapeutes dans une formule entièrement en ligne.  Le contenu de la formation, habituellement donnée sur deux jours en présence, est retravaillé avec le soutien d’une techno-pédagogue afin de permettre la production de modules dynamiques, efficaces et de plus courte durée. 

Prochaines étapes

  • La création du graphisme et de l’image de marque qui servira à la production du matériel de formation et du matériel d’intervention destiné aux professionnels et aux clients.  Le matériel d’intervention pourra être téléversé depuis la plateforme. 
  • Le lancement de la formation vers septembre 2021 et le démarrage de l’étude de cas au CIUSSS de l’Estrie – CHUS dès la certification des thérapeutes.

Financement

Roberge, Provencher, et al (2020-2022 ; 300 000$) ont obtenu une subvention du Ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEDTEQ, Fonds de soutien à l’innovation en santé et en services sociaux-volet), du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et du Centre de recherche du CHUS.


Équipe de recherche

Chercheurs principaux :

Pasquale Roberge, PhD, Dép. de médecine de famille et de médecine d’urgence, UdeS
Martin D. Provencher, PhD, Université Laval, École de psychologie, Université Laval

Co-chercheurs :

  • Peter J. Norton, PhD, The Cairnmillar Institute, Melbourne, Australie
  • Isabelle Gaboury, PhD, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence, UdeS
  • Patrick Gosselin, PhD, Département de psychologie, UdeS
  • Janie Houle, PhD, Département de psychologie, UQAM
  • Catherine Hudon, MD, PhD, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence, UdeS
  • Julie Lane, PhD, Département d’études sur l’adaptation scolaire et sociale, UdeS
  • Helen-Maria Vasiliadis, PhD, Département des sciences de la santé communautaire, UdeS

Partenaire principal :

  • Stéphane Tremblay, PDG, CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Autres partenaires et collaborateurs

  • Marie-Claude Beaulieu, Directrice du Réseau de recherche axée sur les pratiques de la première ligne (RRAPPL), UdeS
  • Michel Gilbert, Coordonnateur du Centre national d’excellence en santé mentale, MSSS
  • Sandra  Bellemare, Chef du Programme québécois pour les troubles mentaux : des autosoins à la psychothérapie (PQPTM), Direction générale adjointe des services de santé mentale et de psychiatrie légale, MSSS
  • Chantal Gariepy, Directrice du programme jeunesse, CIUSSS de l’Estrie – CHUS
  • Judith Kodsi, adjointe à la directrice, Direction des programmes santé mentale et dépendance, CIUSSS de l’Estrie – CHUS
  • Luce Cardinal, Coordonnatrice des services spécialisés 5-18 ans; responsable des travaux en santé mentale première ligne à la DPJe, CIUSSS de l’Estrie – CHUS
  • Marie-Claude Battista, Comité stratégique patient-partenaire, Centre de recherche du CHUS
  • Patrick Duchesne, Directeur des programmes santé mentale et dépendances, CIUSSS de la Capitale-Nationale
  • Manon Lainesse, Chef de service par intérim, Équipe première ligne, Direction du Programme santé mentale et dépendance, CISSS de Laval
  • Suzie Gagnon, Psychologue, CISSS de Laval
  • Geneviève Gilbert, Psychologue en pratique privée ayant une expertise en TCC (Estrie)
  • Nathalie Tremblay, patiente partenaire, Sherbrooke
  • Alain Vanasse, spécialiste TI du RSSS, Sherbrooke